Réponse d’Yvan Luccarini – Décroissance-Alternatives

1. Quelle est votre vision de la place que la science informatique doit avoir dans l’école vaudoise ?

Elle doit être relativement réduite! L’informatique devrait être introduite relativement tardivement. De plus en plus de signes et d’études montrent que les écrans ne sont pas bénéfiques pour le développement des petits enfants, bien au contraire. Ils ont besoin de développer un rapport réel et physique au monde d’abord.

2. Faut-il introduire un enseignement de l’informatique, une formation à la pensée computationnelle, et ce dès l’école primaire ? Comment assurer la qualité de cet enseignement alors que la plupart des enseignants ne sont eux-mêmes pas formés à cette discipline ?

Non! Il y a bien des «disciplines» qui devraient être introduites avant l’informatique, qui pourraient permettre aux enfants de développer plus complètement leur être physique et psychique (différentes disciplines du mouvement, des arts, de l’écologie, les intelligences émotionnelles, etc.). L’informatique n’est pas prioritaire, bien au contraire, elle est bien assez (trop) présente dans le monde moderne. Ce dont les jeunes ont besoin, ils peuvent l’apprendre relativement vite et seuls avec leurs pairs.

Assurer la qualité de l’enseignement au sujet de l’informatique, c’est surtout aider les jeunes à être critique face à cet outil, et pour cela, il vaut peut-être mieux vaut avoir des gens qui ne soient pas spécialement formés à cette discipline…

3. Faut-il investir afin d’équiper chaque élève d’un appareil numérique personnel pour ses apprentissages ? Comment garantir la réussite de cette transition numérique ?

Comment envisager, avec rigueur éthique, de promouvoir l’humanisme en se servant d’outils qui incarnent la négation même de cet humanisme? L’humanisme implique au minimum le respect des autres êtres humains, et bannit l’idée de les exploiter au profit d’une poignée de privilégiés, fussent-ils nos propres enfants. Travailler sur une tablette, c’est accepter que des esclaves l’aient fabriquée à des milliers de kilomètres de chez nous; c’est faire de la médiocrité et du cynisme des vertus cardinales, abolir toute forme de honte, et peut-être même oublier notre manière naturelle de réfléchir, d’inventer, de considérer la vie.

De nos jours, malgré les sommes de plus en plus importantes investies par différents pays dans l’intégration des Nouvelles Technologies au sein de l’école, les résultats n’ont jamais su combler les attentes. La seule étude à large échelle (OCDE-PISA 2015) sur les corrélations entre Nouvelles Technologies et résultats scolaires a même mis en évidence d’importants effets de contre-productivité. Dès lors, si un lien existe entre leur utilisation et les résultats scolaires, il semble bien défavorable. Les premiers à reconnaître cette influence négative et à vouloir en préserver leurs enfants sont… les managers et les développeurs de la Silicon Valley, qui envoient massivement leurs petits dans des écoles sans ordinateurs, écrans, tablettes ou autres instruments de distraction de masse… Comme l’explique un ingénieur d’un célèbre moteur de recherche, inutile d’enseigner aux enfants à utiliser un ordinateur, car «C’est super-facile. C’est comme apprendre à se servir du dentifrice», mieux vaut stimuler leur créativité avec les bons vieux tableaux noirs, le papier, les crayons ou même avec le bois, la laine et l’argile (New York Times, 23.10.2011).

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