Réponse de Sylvie Villa – PDC

1. Quelle est votre vision de la place que la science informatique doit avoir dans l’école vaudoise ?

La maîtrise de la science informatique me parait aujourd’hui aussi importante que la maîtrise du langage naturel et devrait trouver sa place dans l’école vaudoise dès l’école primaire.

Il s’agit d’anticiper les nouvelles attentes induites par la révolution numérique.
Il me paraît essentiel par exemple que chaque enfant acquiert une bonne compréhension des capacités de traitement de l’information qu’offre la science informatique : organisation logique, diagnostic, algorithmique, etc.

Permettez-moi un témoignage personnel : à mes débuts dans le monde de l’électronique, l’usage de la modélisation et de la simulation de systèmes a complètement transformé le processus de conception de circuits électroniques.
J’étais parmi les premières à acquérir en Suisse une expérience industrielle de conception et fabrication assistées par ordinateur des circuits imprimés et à la l’enseigner ensuite à de nombreux ingénieurs.
J’enseigne actuellement un cours de gestion des processus complexes à des ingénieurs en formation Master et l’on traite de comment passer d’une vision globale d’une problématique (mindmap, matrice d’influences, etc.) jusqu’à la création d’un simulateur comme outil d’aide à la décision (pose d’hypothèses, réduction des facteurs pris en compte, etc.).

2. Faut-il introduire un enseignement de l’informatique, une formation à la pensée computationnelle, et ce dès l’école primaire ? Comment assurer la qualité de cet enseignement alors que la plupart des enseignants ne sont eux-mêmes pas formés à cette discipline ?

A terme, la pensée computationnelle devrait s’inscrire comme un outil, une logique, un langage utilisé dans différentes disciplines et branches. J’imagine qu’à ce moment là tous les enseignant-e-s connaîtront, enseigneront et utiliseront cet outil dans leurs spécialités respectives.
D’ici là, pour permettre aux élèves d’acquérir ces compétences, il s’agirait de former des enseignant-e-s dans le but d’animer des cours spécifiques.
En particulier pour l’école secondaire et la préparation au métier futur de nos jeunes, des enseignements spécialisés devraient apporter cette logique dans les différentes orientations.
Pour l’école primaire, il faudrait rapidement amener les enseignant-e-s à un niveau minimum leur permettant d’enseigner les bases de l’informatique, ou alors les seconder par des enseignements spécialisés si leur disponibilité n’est pas optimale.
C’est une proposition par rapport à votre question. Il est sûr qu’il faut mener ce projet avec tous les acteurs, vous les représentant-e-s du domaine, les enseignant-e-s, les parents d’élèves et la HEP. Comme vous le soulignez, d’autres régions ont déjà fait des expériences. Inspirons-nous de leurs premiers bilans pour faire émerger dans le canton de Vaud une solution qui, au-delà de rattraper le retard, permettrait d’être précurseur.

3. Faut-il investir afin d’équiper chaque élève d’un appareil numérique personnel pour ses apprentissages ? Comment garantir la réussite de cette transition numérique ?

Vu le prix décroissant du matériel informatique, la question ne devrait plus se poser, quitte à le subventionner largement pour en assurer l’accès aux enfants de condition modeste.
L’appareil numérique présente par ailleurs un potentiel didactique et pédagogique important pour tous les apprentissages. J’encourage l’usage de tutoriels et de MOOC.
Certains enseignements devraient rapidement s’articuler autour de cet outil, comme s’est fait en son temps la transition de la transmission orale à la transmission écrite grâce à l’imprimerie.
On pourrait imaginer par exemple commencer très tôt l’enseignement des langues, et que la partie rédactionnelle n’intervienne que bien plus tard dans la formation.
On pourrait également imaginer que des élèves en classes terminales fassent eux-mêmes évoluer les jeux éducatifs pour les plus jeunes.
Quoi qu’il en soit, il importe, je le répète, de réunir tous les acteurs pour définir ensemble les objectifs et les étapes.

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