Réponse de Cesla Amarelle, Nuria Gorrite et Pierre-Yves Maillard – PS

1. Quelle est votre vision de la place que la science informatique doit avoir dans l’école vaudoise ?

Pour le PSV, la science informatique et le numérique ont un rôle important à l’école.

Aujourd’hui, l’école subit de plein fouet des mutations sociales et technologiques gigantesques avec des enfants et des jeunes qui apprivoisent seuls ces évolutions. 70% des métiers de demain n’existent pas aujourd’hui et les enfants que nous formons changeront de métiers plusieurs fois au cours de leur vie. Ce que nous savons en revanche c’est que les apprentissages se feront tout au long de la vie, il est donc nécessaire d’« apprendre à apprendre ». Il est aussi probable que chaque poste sera amené à coexister avec de l’intelligence artificielle que l’on se destine à la maçonnerie, l’agriculture, à la géomatique ou au droit. Ce que l’on sait aussi c’est que ces changements vont également enrichir les moyens pédagogiques à disposition des enseignants et augmenter l’interactivité et l’implication des élèves dans leurs cours. Nous pourrons alors limiter la perte de motivation et renforcer la pédagogie différenciée. L’approche numérique, outil complémentaire aux enseignements actuels, permet en effet un nombre impressionnant de scénarios pédagogiques pour enrichir l’offre proposée aux élèves. Le numérique peut également résoudre un certain nombre d’obstacles rencontrés par les enfants « dys » ou mal adaptés à intégrer le cursus normal. L’enseignement de la biologie se trouve alors facilité par la vision en 3D des mouvements d’articulations. Sans parler de l’appréhension de la programmation et ses algorithmes qui changent notre façon de penser.

En plus d’être un lieu accompagnant les élèves dans leur orientation professionnelle, l’école doit aussi être un lieu propice à l’épanouissement de nos enfants en toute sérénité. Le sujet du harcèlement sur les réseaux sociaux devra être traité de façon pragmatique avec l’ensemble des partenaires.

Le PSV signale que la grande difficulté est le maintien d’une grille horaire qui donne aux élèves un apprentissage complet. Il est donc essentiel poursuivre le développement de l’informatique en concertation avec les associations professionnelles. Le PSV note que les ajustements à la LEO annoncés il y a 2 semaines par le DFJC vont dans ce sens avec une augmentation des heures consacrés au MITIC. Il convient dès lors de poursuivre ce développement.

2. Faut-il introduire un enseignement de l’informatique, une formation à la pensée computationnelle, et ce dès l’école primaire ? Comment assurer la qualité de cet enseignement alors que la plupart des enseignants ne sont eux-mêmes pas formés à cette discipline ?

Le PSV pense qu’un enseignement de l’informatique dès l’école primaire a du sens car le développement de la pensée computationnelle peut se faire très jeune (logique et formalisme par le biais de robots). Au plan pédagogique, cet enseignement doit s’organiser sur une logique de trois piliers : il faut distinguer les outils, l’éducation à ces outils et la compréhension de la technique et des risques engendrés. En d’autres termes, il faut :

  • développer chez l’élève un regard critique par rapport à ce que l’on trouve sur internet. – favoriser la mise en place de modules de formation aux médias et contenus en ligne.
  • comprendre comment les outils technologiques fonctionnent au-delà de l’outil et de l’interface ludique.

La formation des enseignants est un pilier essentiel de la réussite de cet enseignement. Il est évident que la plupart des enseignants ne sont pas formés actuellement. C’est pour cela que les ajustements dans la formation doivent se faire en concertation avec les associations professionnelles et avec la HEP. Le PSV encourage également la formation continue qui figure dans notre programme. De nos jours, il est essentiel que les travailleurs de tout corps de métier renforcent leurs compétences par des formations continues accessibles et de qualité. Ces formations continues pourraient servir de tremplin pour renforcer les connaissances des professeurs à l’informatique.

Il faut également augmenter les moyens et le matériel informatique à disposition des élèves. Le PSV encourage également l’intégration de l’informatique comme outil dans les autres branches (p. ex. utilisation de logiciel de traitement de texte pour une présentation écrite)

3. Faut-il investir afin d’équiper chaque élève d’un appareil numérique personnel pour ses apprentissages ? Comment garantir la réussite de cette transition numérique ?

Oui il est nécessaire d’investir dans le matériel informatique. Avant la 10ème, il n’est pas forcément nécessaire d’équiper les élèves dans une logique « one to one ». L’équipement doit d’abord se faire dans une logique collective. Il faut augmenter les moyens actuellement disponibles et offrir du matériel plus adapté en priorité aux enseignants. Les supports numériques montrent toute leur utilité dans plusieurs situations pour lesquelles les enseignants doivent être formés et le facteur humain doit rester au centre de l’apprentissage. Des études démontrent que le matériel multimédia peut aider les enfants en situation de difficultés.

3 Comments

  1. gabriel

    Bonjour,

    Merci Stéphane pour ces premiers éléments de réponse et navré d’avoir tardé à vous apporter une réponse plus complète.

    En effet, ce terme de « pensée computationnelle » est apparu d’abord dans les années 50, mais a ressurgi dès 2006 dans les travaux de Jeannette Wing.

    Selon Wing, la pensée computationnelle signifie être capable de :
    – Comprendre quels aspects d’un problème sont solubles par la computation
    – Évaluer l’adéquation entre le problème et les techniques / outils computationnels disponibles
    – Comprendre les limitations et la puissance des techniques / outils computationnels
    – Appliquer ou adapter une technique / un outil computationnel·le à un nouvel usage
    – Reconnaître l’opportunité d’utiliser les calculs d’une manière nouvelle
    – Appliquer des stratégies computationnelles, comme diviser pour régner, à n’importe quel domaine

    Voici une traduction en français de l’article de Jeannette Wing mentionné par Stéphane:
    https://www.cs.cmu.edu/afs/cs/usr/wing/www/ct-french.pdf

    Je remercie ma collègue Morgane Chevalier qui travaille justement sur ces questions et m’a aidé à formuler ces éléments de réponse !

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